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Mercredi 11 Octobre 2006

Production cinématographique

 

Le cinéma à la croisée des chemins

 

 

 

Plus d’un demi siècle depuis les premier balbutiement d’un cinéma né dans la douleur de la guerre de libération nationale, l’odyssée entamée par les Bechtarzi, Hamina et les autres à l’exemple du vétéran René Vautier ne semble pas encore atteindre son objectif rêvé par les pionniers. En effet, au jour d’aujourd’hui, d’aucun parmi les différents responsables chargés de la gestion du domaine de la culture et plus particulièrement ceux chargés de la promotion du 7e art, ne peut avancer un quelconque argument pouvant justifier le déchéance qu’on vie à l’heure actuelle. Avec une production désuète, pour ne pas dire totalement aux abois, le cinéma Algérien reste loin de constituer un domaine culturellement et économiquement rentable. La réalité actuelle, celle vécue quotidiennement par les professionnels et les cinéphiles représentant une frange non négligeable, est toute autre de celle qu’on nous miroite par des spots officiels réservés à tous les navets qu’on nous fait avaler au prix de milliards de dinars déboursés annuellement pour embellir l’image de l’unique chaîne de télévision nationale en panne d’imagination. A voire la production de ces dernières années, on dira tout bonnement que la production cinématographique à totalement disparu de notre paysage pour laisser place à la grille ramadhanesque qui s’avère, en fait, foncièrement inconsistante et généralement indigeste.

 

C’est le fait accompli dirons les uns ; mais c’est plutôt une volonté de casse diront les autres qui en dépit des projets prometteurs qu’ils présentent, demeurent éloignés abusivement des feux de la rampe. Du coté des autorités en charge du secteur, on ne cache pas le fait que des semblant d’initiatives ont été prises pour, disons, assainir le secteur et faire sortir la production cinématographique de la léthargie qui l’étouffe. Mais, cela ne semble, malheureusement, rimer à rien, sinon à une reconnaissance tacite de l’échec consommé en la matière. On a tant gargarisé au cors de longues séances de débats improvisés, mais peine perdue tant que la barque continu à chavirer. Des études et Des diagnostiques ont été certes faits, mais à quoi bon ça à servi ? Ainsi et en l’absence de résultats plausibles, le constat demeure le même avec une production de moins en moins captivante, pour ne pas dire obsolète de tout point de vue. Les salles de cinéma disparaissent du paysage de nos villes, les cinéastes et autres artistes de talent se trouvent livrées à eux-mêmes. Cela dans le cas où ils ne décampent pas pour aller à la quête des cieux plus cléments. Les exemples dans ce sens ne sont pas ce qui manque pour autant que les meilleures versions de la réalité algériennes sont tournées sous d’autres couleurs autres que nationales.

 

Y a-t-il vraiment un cinéma Algérien ?

 

Peut être que oui, peut être pas ! Voilà une question qui semble être tout simplement osée, mais qui, en réalité ne cesse de tarauder les esprits les plus ingénieux qui se sont consacré à cette problématique qui mérite bien d’être posée. En effet, certains analyste et pas des moindre, n’ont pas hésité à défendre la thèse de l’inexistence pure et simple du cinéma dit Algérien. C’est le cas de Brahim Hadj Slimane qui, dans son livre « la création artistique en Algérie » publié chez Marsa édition en 2003, déclare sans ambiguïté que « le cinéma Algérien attend de naître »  pour écrire encore que la raison principale ayant laissé le 7e art à son état rudimentaire réside dans « la phobie de l’image » qui caractérise la politique de communication adoptée par les pouvoirs successifs depuis l’indépendance du pays. Pour cela l’auteur émérite écrit dans son œuvre « lorsqu’on aura compris que la gestion du cinéma, de l’image tout court (y compris la photographie), est une affaire hautement politique en Algérie, on aura saisi que l’extrême faiblesse de la production en la matière n’est pas due au hasard ».

 

C’est là une réalité toute justifiée. Les difficultés auxquelles nos cinéastes se trouvent souvent livrés prouvent amplement cet état de fait dégradant qui réduit la production cinématographique à sa simple expression d’existence. D’autre part, l’encouragement des projets stériles ne manque pas de s’inscrire dans ce même ordre de réflexion qui mène à dire que tout est mis en œuvre pour étouffer un cinéma qui de sa naissance était militant, y compris durant les années du parti unique où la liberté d’expression n’était qu’un vain mot. Ne dit-on pas que tout ce qui est stérile est stérilisants ? Oui ! la grille télévisée du Ramadhan de cette année offre un exemple des plus probant, car si l’annonce à été faite par le PDG de l’unique à la veille même du mois sacré pour susciter un intérêt croissant chez les téléspectateurs, le lancement à produit totalement le contraire. Cela est de l’avis de la majorité des téléspectateurs qui voient dans la grille, pourtant très affectionnée par les familles, celle des soirées de détente, un échec cinglant. Ni Binatna de Moussa Haddad avec sa pléiade d’artistes pourtant connus de la scène, ni Zraa yenbet de Mohamed Sahraoui et ni encore moins le feuilleton mélodramatique Ouahiba de Messaoud Laïb n’ont pu capter les regards car étant d’une nullité, pour le moins qu’on puisse dire, affligeante. Voilà à quoi se trouve réduite notre production nationale. Sinon la production cinématographique proprement dite, à savoir les long métrages, se trouve tout bonnement évacuée de notre jargon en excellant par son absence. A l’affiche des quelques salles de cinéma restantes à Alger ou ailleurs dans les grandes villes du pays, rare sont les jours où on trouve des films algérien.

 

Un secteur laissé en jachère

 

A ce moment, le 7e art se trouve carrément voué aux pires gémonies pour ne pas dire qu’il est tout bonnement en voie de disparition de notre paysage culturel. La production nationale est laissée en jachère comme d’ailleurs les organismes de prise en charge et de promotion qui se trouvent à leurs tours réduits à néant. Par conséquent, les rares productions méritoires demeurent le fruit des seules initiatives individuelles de quelques cinéastes défiant la Chape de plomb qui leur pèse lourdement. Les structures qui jadis apportaient une petite contribution à la promotion de cet art en soutenant les efforts de certains producteurs, à l’exemple du CAIC et l’ENPA ont été tout simplement dissoutes. Quant aux salles de cinéma qui sont des structures de base servant cette promotion, leur situation actuelle laisse vraiment à désirer. En effet, sur les 400 salles qu’on dénombrait à l’aube de l’indépendance du pays, il ne reste aujourd’hui, qu’un dizaine éparpillées un peu partout à l’échelle nationale. Tout comme les festivals de film et autres manifestations culturelles consacrées à cet art ; qui manquent cruellement dans notre pays en dépit de l’importance qu’ils revêtent en matière de promotion et d’encouragement de la production locale. Ainsi, c’est à regret que nous évoquons les diverses initiatives dans ce sens qui ont fini par l’avortement. D’ailleurs, l’unique festival qui persiste à exister malgré les hauts et les bas d’une situation anachronique que vie les producteurs nationaux, est sans conteste l’œuvre du grand cinéaste Mohamed Chouikh : le festival de Timimoune.  

 

Sur un autre volet, les bonnes initiatives n’ont jamais été saluées et encore moins encouragées quant elle viennent de la part des producteurs nationaux hors circuit et/ou de toute initiative qui vient renforcer l’image de notre pays de par sa qualité que par la thématique abordée. Cela au moment où les responsables algériens s’empressent à mettre le paquet dans des projets qui, s’ils n’apportent rien en termes de qualité, le pire est qu’ils ternisse carrément l’image de notre cinéma dans le cas où ils ne voilent pas certaines réalités du pays et/ou de son histoire. On se rappelle tous, le film tourné en Syrie sur l’héroïne du Djurdjura, Lalla Fatma N’soumeur qui n’est qu’un navet voilant l’image de cette femme historique et la réalité sociologique de cette insurrection ayant mis à genoux l’armée coloniale qui du haut de son arrogance accorda à cette héroïne le titre de Jeanne d’Arc du Djurdjura. Quant à l’abstentionnisme des responsables du secteur ; l’épisode du film vedette Indigènes de Rachid Bouchareb en est une illustration. Ce film qui mérite tous les égards de par son importance que par son message politique qui vise la réhabilitation des milliers d’Algériens et nord Africains morts pour la France et ignorés depuis par les pouvoirs successifs de la France métropolitaine. Là il demeure utile de souligner qu’il est vraiment bien dommage que cette œuvre majeure soit financé par cette même France et le Maroc à qui on n’a rien à envier. D’ailleurs, il convient aussi de noter la déception du réalisateur qui dans une interview accordée à notre confrère El Watan parue dans son édition du 05 octobre 2006, ne cache pas son amertume pour dire sans ambages « je doit dire ma déception concernant mon pays d’origine. Le projet a dormi trois ans dans le bureau du PDG de l’ENTV. Le ministère de la culture m’a promis quatre millions de DA. Je les attends toujours. » pour ajouter « c’est d’autant plus regrettable que le but du film c’était qu’une injustice soit réparée pour des milliers de vétérans et ces revenus ce sont des Euros qui rentraient en Algérie ». N’est-il pas encore scandaleux quant ont lit le cinéaste qui  en parlant du Maroc dira « le Maroc, lui à tout de suite saisi les enjeux humains et financiers » pour dire qu’après une simple présentation auprès de sa majesté le roi Mohammed VI au festival de Merrakech, il avait obtenu tout ce qu’il souhaitait y compris de l’armée royale qui selon ses dire lui apportait un grand soutien en logistique.

 

Pourtant, les compétences ne sont pas ce qui manque

 

Ceux-ci ne sont en fait que des exemples qui en disent long sur l’état de déliquescence d’un secteur pourtant prometteur et porteur de plusieurs opportunités que se soit sur les plans culturels et artistique que sur le plan purement économique. Les potentialités en la matière ne sont pas ce qui manque dans un pays qui à prouvé ses capacité d’offrir les meilleurs productions que l’on aura peine à imaginer si on se réfèrent à l’état actuelle des choses, mais qui existent en réalité, à tout bout de champs avec des artistes chevronnés et une génération montante de cinéaste et de scénaristes qui n’ont rien à envier à leurs confrères des autres pays voisins et même ailleurs dans les pays développés. Le passé est riche en exemple, où la production cinématographique Algérienne a connu ses années fastes avec des films ayant marqués des générations entières et réussis à décrocher des consécrations dans les festivals les plus en vue de par le monde entier.

 

En effet, le cinéma Algérien né dans la douleur de la révolution de Novembre a pris racine dans le travaille laborieux entrepris au maquis par les soldats de l’ALN. Des figures emblématiques du 7e art ont ainsi connus leurs ascensions et l’image militante a pu ouvrir un nouveau front de la guerre contre l’oppresseur qui usait et abusait de tous les moyens militaires et psychologiques à sa disposition. René Vautier, Mohammed Lakhdhar Hamina, Mehieddine Bechtarzi, Djamel Chanderli, Ahmed Rachedi pour ne citer que ceux-là, ont frayé un chemin à ce qui deviendra plus tard le cinéma révolutionnaire Algérien. Eux c’est les vétérans, d’autres qui ne sont pas des moindre ont suivis l’itinéraire tracé pour accoucher d’œuvres monumentales qui n’ont pas manqué de marquer les esprits jusqu’au jours de nos jours. Entre ces films formidables dont la liste est très longue pour qu’elle soit contenue dans ces colonnes, on cite « la bataille d’Alger » de Gilles Pontecorvo ayant reçu le lion d’or du festival de Venise en 1966, « Moissons d’acier » de Ghaouti Bendadouche qui a remporté l’épée d’or au festival en 1983, « Chroniques des années de braises » de Mohammed Lakhdhar Hamina ayant reçu la palme d’or au festival de Cannes en 1975 et plusieurs autres films qui, pour le moins qu’on puisse dire, démontre, si besoin est, que le cinéma Algérien à toute la latitude de se faire une place privilégiée dans le paysage cinématographique mondial.                                                                                                                                                                    Lyazid Khaber     

 

                                       

 

publié par Lyazid Khaber dans: lyazid.khaber

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